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Section 5: Troubles mentaux et facteurs de risque



Le terme « diagnostic différentiel » est employé pour confirmer la présence d’un trouble pour lequel il y a plusieurs possibilités. Essentiellement, cette façon de procéder permet d’obtenir l’information qui confirme la présence d’un trouble parallèle à la perte auditive. Pour le professionnel, le défi est de connaître le développement de l’enfant atteint d’une perte auditive afin de déterminer la possibilité d’autres troubles, plus particulièrement ceux auxquels une composante de langage est associée (p. ex., retards et trouble de la parole et du langage distincts de la perte auditive). Lorsqu’un parent ou un membre du personnel scolaire est inquiet du développement d’un enfant sourd ou malentendant, il est impératif de consulter des professionnels qui connaissent bien cette population. Les descriptions et les symptômes présentés dans cette section sont souvent concomitants à la perte auditive.

Troubles du développement

Trouble du spectre de l’autisme (TSA)

Le TSA est un trouble complexe de développement neurologique qui affecte le fonctionnement cérébral de l’enfant. Les enfants atteints d’un TSA ont généralement des difficultés de comportements sociaux et de communication, et présentent des habitudes comportementales limitées, répétitives et stéréotypées. La cause du TSA n’est pas bien connue, mais il semble que la génétique ait une bonne part de responsabilité.

Les enfants atteints d’un TSA présentent généralement des retards et des perturbations de développement du langage. Les enfants sourds ou malentendants peuvent sembler avoir une lacune de langage, ce qui peut représenter un retard de langage, mais ce retard est, en fait, attribuable au décalage entre le langage employé à la maison et le langage auquel l’enfant peut accéder. La différence, toutefois importante et assez courante, est qu’un enfant sourd ou malentendant fait généralement des tentatives de communication, alors que l’enfant atteint d’autisme ne le fait pas. Les parents préoccupés devraient consulter un médecin qui comprend bien les signes du TSA chez un enfant sourd ou malentendant pour s’assurer qu’un bon diagnostic est posé et éviter les diagnostics erronés ou mal posés.

Déficience intellectuelle (aussi appelée retard de développement)

Une déficience intellectuelle signifie des retards dans les comportements de la vie quotidienne (comportements d’adaptation) et de faibles résultats aux tests de quotient intellectuel officiels. Parmi les comportements d’adaptation, on retrouve la compétence en communication, les compétences en soins personnels, la lecture et l’écriture fonctionnelles et les aptitudes sociales. Ces retards se manifestent pendant la petite enfance.

Un enfant sourd ou malentendant peut avoir une déficience intellectuelle attribuable à des facteurs de risque associés. Par exemple, plusieurs enfants atteints du syndrome de Down présentent un certain degré de perte auditive et de déficience intellectuelle et les enfants qui ont eu la méningite peuvent avoir subi des changements ou des dommages au cerveau, ce qui provoque une diminution des fonctions intellectuelles ainsi que des dommages au système auditif. Puisque ces enfants présentent à la fois des signes de déficience intellectuelle et une perte auditive, une évaluation psychologique complète est nécessaire pour bien identifier la part de l’une et la part de l’autre.

Malheureusement, les enfants sourds ou malentendants qui n’ont pas de déficience intellectuelle peuvent présenter une carence en compétences de communication associée à la privation de langage pendant la petite enfance plutôt que des déficiences de leur capacité à penser et à raisonner. Les principaux tests de QI s’appuient généralement sur des tests d’intelligence grandement associés à la langue, ce qui signifie que l’enfant doit avoir une bonne connaissance de la langue pour que les résultats des tests soient significatifs. Ces tests peuvent donc être à la fois inappropriés et non représentatifs pour les enfants sourds ou malentendants selon des facteurs comme leur exposition au langage ou leur maîtrise du langage. L’utilisation de ces tests par des cliniciens mal informés peut à la fois produire des faux négatifs (conclure que les enfants sont intacts intellectuellement alors qu’ils ne le sont pas) et, plus souvent, des faux positifs (conclure que les enfants sourds ou malentendants ont une déficience intellectuelle, alors qu’ils n’en ont pas). Il est important de différencier un vrai retard intellectuel des effets plus profonds qu’une lacune d’accès au langage peut avoir sur le développement des compétences cognitives (pensées) et linguistiques (langage) pendant la petite enfance.

Les parents doivent absolument s’assurer que les tests officiels de leur enfant sont menés par des cliniciens connaissant bien ces problèmes.

Troubles affectifs

Les troubles affectifs englobent les troubles mentaux qui affectent l’humeur comme l’anxiété et la dépression. Ces troubles mentaux sont les plus courants chez les enfants et il semble que ces troubles émotionnels et comportementaux ont une plus grande prévalence chez les enfants sourds ou malentendants. Bien que la surdité ou la perte auditive ne soit pas la cause de ces troubles, il est tout de même probable que des facteurs de risque comme une carence de langage, une vulnérabilité neurologique, des problèmes familiaux et des barrières créées par la société influencent le développement global de l’enfant. De telles situations peuvent avoir une incidence importante sur la façon dont l’enfant sourd ou malentendant vit dans le monde qui l’entoure et y réagit.

Troubles anxieux

Les troubles anxieux font partie des troubles mentaux les plus courants observés chez tous les enfants. L’anxiété manifestée par les enfants se présente parfois sous les formes suivantes :

  • évitement des activités scolaires ou parascolaires
  • demandes répétées de propos rassurants auprès des parents
  • tendances fréquentes à la colère
  • troubles du sommeil et cauchemars
  • plaintes de crampes d’estomac, de nausées, de maux de tête, vomissements et diarrhée, troubles du sommeil et cauchemars
  • réaction disproportionnée de colère, tristesse, désespoir ou honte

Certaines études de recherche suggèrent que les enfants sourds ou malentendants seraient plus susceptibles de développer des troubles anxieux en raison d’une compréhension plus limitée du monde qui les entoure (apprentissage incident, théorie de l’esprit), de difficultés de communication et d’un sentiment d’isolement. Dans un monde qui n’a pas de sens (langage, théorie de l’esprit, émotions), en plus des comportements mentionnés, les enfants sourds ou malentendants peuvent chercher à mettre de l’ordre dans leur chaos en adoptant des comportements protecteurs et obsessifs.

Voici quelques suggestions qui aideront les parents à réduire l’anxiété chez les enfants sourds ou malentendants :

  1. Répondez aux questions associées à la surdité ou à la perte auditive d’une manière adaptée qui aura une influence positive sur l’estime de soi de l’enfant.
  2. Cherchez à établir un lien de communication clair, significatif et accessible.
  3. Exposez l’enfant sourd ou malentendant à des modèles de comportement de personnes sourdes ou malentendantes afin de susciter un sentiment d’appartenance et une meilleure compréhension du monde.
  4. Observez votre enfant pour repérer les comportements ou les émotions qui indiquent un sentiment d’anxiété.

Dépression

Certaines études rapportent que les enfants sourds ou malentendants présentent des taux plus élevés de dépression que les enfants entendants. Toutefois, ce taux plus élevé de dépression n’est pas directement lié à la perte auditive comme telle. Ces enfants partagent les mêmes facteurs de risque d’être l’objet de moqueries, maltraités ou négligés, mais les enfants sourds ou malentendants peuvent également avoir de grandes difficultés à se faire comprendre de leurs pairs et des adultes entendants. À nouveau, on peut souligner le lien entre le langage et la manifestation de troubles psychiatriques comme la dépression.

Voici quelques signes de dépression chez les enfants entendants :

  • plaintes fréquentes et vagues, non spécifiquement physiques, comme les maux de tête, les douleurs musculaires, les maux d’estomac ou la fatigue
  • absences fréquentes de l’école ou piètre rendement scolaire
  • propos ou efforts indiquant un désir de quitter la maison
  • emportements, plaintes, irritabilité inexpliquée ou pleurs
  • état d’ennui
  • manque d’intérêt pour le jeu avec les amis
  • abus d’alcool ou d’autres substances
  • isolement social, communication rare
  • peur de la mort
  • sensibilité extrême au rejet ou à l’échec
  • irritabilité, colère ou hostilité accrue
  • comportement téméraire
  • difficulté relationnelle

Les parents doivent être sensibles à la façon et la motivation de l’expression des signes de dépression par les enfants sourds ou malentendants. Par exemple, un enfant sourd ou malentendant qui n’a pas acquis le langage pendant sa petite enfance pourrait avoir de la difficulté à communiquer ses pensées de quitter la maison, sa peur de la mort ou à exprimer des plaintes de maux qui ne sont pas spécifiquement physiques. Les enfants sourds ou malentendants qui se sentent isolés et qui suivent un programme scolaire en compagnie de pairs entendants n’ont peut-être pas de relations étroites avec leur entourage, ils peuvent s’ennuyer ou ne pas voir d’amis avec lesquels jouer régulièrement. Dans de telles situations, une attention encore plus particulière doit être apportée lorsque les parents ou les cliniciens envisagent une dépression afin de poser le bon diagnostic.

Troubles du comportement

Trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention (THADA)

Le THADA est un trouble neurobiologique courant caractérisé par l’ensemble ou une partie des éléments suivants :

  • l’hyperactivité (difficulté à réguler le niveau d’activité)
  • l’impulsivité (difficulté à inhiber le comportement)
  • l’inattention (difficulté à rester concentré sur la tâche à accomplir)

Le personnel scolaire et les parents rapportent souvent que les enfants sourds ou malentendants sont agités, facilement distraits et n’arrivent pas à rester concentrés sur une tâche. Toutefois, il est important de reconnaître que ces comportements ne mènent pas nécessairement à une incidence plus élevée de THADA chez les enfants sourds ou malentendants, notamment lorsque ces enfants sont évalués selon des mesures accessibles et appropriées.

Il semble que les enfants chez lesquels la cause de surdité est héréditaire ne sont pas plus à risque de développer un THADA. Pourtant, les enfants ayant une perte auditive acquise sont beaucoup plus à risque. Cette différence est vraisemblablement liée aux raisons médicales ayant causé la perte auditive, à la dynamique familiale et au retard de langage qui distinguent ces deux groupes. Si un enfant devient sourd ou malentendant à la suite d’une infection, d’une maladie ou d’un traumatisme, les parents devraient être vigilants dans leur observation et leur interprétation du comportement de l’enfant. Toutefois, les enfants qui présentent des symptômes de THADA n’en sont pas toujours atteints. Leurs comportements peuvent être attribuables à des difficultés de communication, à l’ennui et à l’isolement des activités générales.

Trouble oppositionnel avec provocation (TOP) et troubles des conduites (TDC)

Le TOP et les TDC forment un groupe de problèmes comportementaux et affectifs observés chez les enfants et les jeunes. Le TOP est caractérisé par l’agressivité et une tendance à déranger ou irriter les autres volontairement, alors que les enfants et les adolescents manifestant des TDC ont de la difficulté à respecter les règles, à accepter l’autorité et à se comporter d’une manière socialement acceptable.

La liste des facteurs de risque qui contribuent au développement de troubles du comportement chez les enfants entendants est la même pour bon nombre d’enfants et d’adolescents sourds ou malentendants. En plus de ces facteurs de risque touchant les deux groupes, les enfants atteints d’une perte auditive neurosensorielle (nerf) plutôt qu’une perte conductive (os) semblent présenter des risques significativement plus élevés de manifester ces types de problèmes de comportement que les enfants entendants. Cette situation serait attribuable aux causes de la perte auditive, comme la méningite, qui peuvent contribuer aux comportements négatifs, même si la surdité ou la perte auditive n’en est pas la cause. 

Il y a, pour les enfants sourds ou malentendants, d’autres facteurs de risque associés au TOP et aux TDC, notamment :

  • les difficultés scolaires
  • la vulnérabilité à la maltraitance (p. ex., intimidation, abus)
  • les difficultés de communication avec les parents
  • les pratiques parentales exagérément dures, contrôlantes et intrusives

Il faut mentionner qu’en plus des facteurs de risque mentionnés, il y aurait de forts liens entre le langage et les problèmes de comportement tant chez les enfants entendants que chez les enfants sourds ou malentendants. Il n’est pas clairement établi que les problèmes de développement du langage mènent à des problèmes de comportement, que les problèmes de langage sont causés par des problèmes de comportement ou que les problèmes de langage et les problèmes de comportement font en fait partie d’un retard de développement global. Il est toutefois clair que les enfants sourds ou malentendants sont considérés comme étant plus à risque de présenter des problèmes de comportement en raison, directement ou indirectement, d’une carence de langage en plus d’autres facteurs de risque connus. Il faut mentionner que les parents sourds d’enfants sourds peuvent également présenter des problèmes de comportement, mais vraisemblablement pour des raisons différentes.

Abus de substances

Les principes sous-jacents à la dépendance sont les mêmes pour les adolescents entendants que pour les adolescents sourds ou malentendants. La différence, toutefois, tient au fait que les jeunes sourds ou malentendants peuvent vivre des niveaux plus élevés de stress associés à des difficultés de communication, à l’isolement, aux relations, aux possibilités éducationnelles et aux possibilités d’emploi. Par conséquent, les adolescents sourds ou malentendants peuvent se tourner vers l’alcool ou les drogues pour tenter de surmonter leur stress.

Le jeune sourd ou malentendant qui abuse de substances ne dispose peut-être pas de l’information sur l’alcool ou les drogues et les programmes de traitement comme ses pairs entendants. Il arrive souvent que les programmes de désintoxication s’appuient sur des rencontres de groupe ou des réseaux de soutien qui sont offerts par contact téléphonique entre pairs, ce qui peut représenter une difficulté pour les personnes sourdes ou malentendantes.

Automutilation et suicide

L’automutilation peut être, pour un enfant ou un jeune, une façon de faire face à la douleur émotionnelle. Cette douleur émotionnelle peut comprendre des sentiments comme la tristesse, la frustration, la confusion, le dégoût de soi, la culpabilité ou la rage. Parfois, des douleurs autoinfligées sont une façon d’exprimer des sentiments que l’enfant ne sait pas communiquer avec le langage. Par exemple, l’acte de couper semble fournir temporairement une distraction de la douleur émotionnelle. Les enfants rapportent souvent qu’ils se sentent mieux après s’être coupés, au moins pendant une courte période. Toutefois, les sentiments réapparaissent et le cycle reprend, accompagné de l’urgence de se faire mal à nouveau.

Il est important que tous les parents comprennent qu’un comportement d’automutilation n’est pas simplement un geste pour « attirer l’attention », puisqu’une telle réaction pourrait avoir un effet de banalisation de la profondeur et l’étendue de la douleur que ressent l’enfant. Les enfants sourds ou malentendants peuvent être touchés par un plus grand nombre de facteurs de risque que les enfants entendants, ce qui contribuerait aux sentiments envahissants qui mènent à l’automutilation. Ces facteurs de risque comprennent, notamment, les problèmes de communication, l’isolement, la solitude et les difficultés d’accès à des services en santé mentale. Bien qu’il y ait une lacune évidente dans la littérature de recherche relativement au nombre absolu d’enfants sourds ou malentendants qui s’automutilent, le point le plus important est que les parents doivent être sensibilisés à ces comportements et aux facteurs de risque qui y mènent.

Les enfants qui meurent par suicide ont peut-être ressenti une douleur émotionnelle telle qu’ils croient n’avoir aucune autre option. Les jeunes, y compris ceux qui sont sourds ou malentendants, peuvent ressentir une immense pression dans divers domaines de leur vie, y compris à la maison, à l’école et dans les groupes de pairs, et sont souvent incapables d’entrevoir des solutions à leurs problèmes. Lorsque cette pression dépasse la capacité de l’enfant à faire face à la situation, le suicide peut sembler la seule option. Les parents, le personnel scolaire et les membres de la collectivité doivent être sensibilisés à ces signes de stress chez les jeunes. Les liens ci-dessous offrent aux parents des renseignements supplémentaires sur l’automutilation et le suicide :

http://www.signhealth.org.uk/v3/wp-content/uploads/2014/02/suicide_leaflet_v8.pdf

http://www.annals-general-psychiatry.com/content/6/1/26

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