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Exposé de position de la Société canadienne de l'ouïe sur l'accès à la langue et l'acquisition de la langue pour les enfants sourds et malentendants

http://www.deafchildren.org/resources/49_Sign%20Language%20Use.pdfAfin d’assurer le développement du langage et de la communication, il est essentiel que tous les bébés et jeunes enfants aient un accès au langage qui soit libre d’inhibition et d’entraves. Au Canada, les bébés et enfants possédant une audition normale peuvent facilement accéder à ces possibilités de développement et d’acquisition de la langue à travers leurs interactions habituelles avec leur environnement et les personnes présentes dans cet environnement. Cependant, il n’en va pas de même pour les enfants sourds et malentendants. De nombreux bébés et jeunes enfants chez qui l’on a identifié une perte auditive font face à des défis et des obstacles considérables pour accéder à la langue et l’acquérir naturellement (c’est-à-dire de manière auditive et/ou visuelle). Cet aspect est pourtant crucial pour leur développement cognitif et, à long terme, leur réussite dans la vie. En outre, les services publics ne sont pas suffisants pour permettre à ces bébés et jeunes enfants d’accéder à l’American Sign Language (ASL) ou à la langue des signes québécoise (LSQ) et de l’acquérir. Dans de nombreux cas, les enfants qui reçoivent des implants cochléaires et/ou suivent une thérapie audio-verbale (TAV) sont limités dans leur exposition et leur acquisition de l’ASL ou la LSQ. (Prière de se référer aux « Termes clés pour comprendre l’enjeu » de cet exposé afin de mieux comprendre les termes ASL, LSQ et TAV.)

Exposé de position de la Société canadienne de l’ouïe sur l’accès à la langue et l’acquisition de la langue pour les enfants sourds et malentendants L’enjeu

Afin d’assurer le développement du langage et de la communication, il est essentiel que tous les bébés et jeunes enfants aient un accès au langage qui soit libre d’inhibition et d’entraves. Au Canada, les bébés et enfants possédant une audition normale peuvent facilement accéder à ces possibilités de développement et d’acquisition de la langue à travers leurs interactions habituelles avec leur environnement et les personnes présentes dans cet environnement. Cependant, il n’en va pas de même pour les enfants sourds et malentendants. De nombreux bébés et jeunes enfants chez qui l’on a identifié une perte auditive font face à des défis et des obstacles considérables pour accéder à la langue et l’acquérir naturellement (c’est-à-dire de manière auditive et/ou visuelle). Cet aspect est pourtant crucial pour leur développement cognitif et, à long terme, leur réussite dans la vie. En outre, les services publics ne sont pas suffisants pour permettre à ces bébés et jeunes enfants d’accéder à l’American Sign Language (ASL) ou à la langue des signes québécoise (LSQ) et de l’acquérir. Dans de nombreux cas, les enfants qui reçoivent des implants cochléaires et/ou suivent une thérapie audio-verbale (TAV) sont limités dans leur exposition et leur acquisition de l’ASL ou la LSQ. (Prière de se référer aux « Termes clés pour comprendre l’enjeu » de cet exposé afin de mieux comprendre les termes ASL, LSQ et TAV.) Il existe une distinction essentielle entre le langage lui-même et la manière dont nous produisons ou articulons le langage. Dans le langage parlé, on utilise les mouvements des cordes vocales, de la bouche, de la langue, etc. pour « produire » le langage. Dans le langage gestuel, ce sont les mouvements des mains, du corps, du visage, etc. qui sont employés. Le langage proprement dit vient de l’esprit (ou du cerveau). Il peut être utilisé pour penser à des choses, préparer des arguments ou même s’entraîner à raconter une histoire drôle, sans jamais être articulé sous forme de paroles ou de signes. Il est donc important de faire la distinction entre une langue (comme l’anglais, le français, l'ASL, la LSQ) et les approches pour enseigner la langue (par exemple les approches auditives ou orales, l'immersion, les stratégies et techniques bilingues). Par ailleurs, la littérature académique sur les enfants à l’audition normale souligne qu’« il est largement reconnu que les environnements familiaux riches du point de vue linguistique contribuent davantage au développement précoce de ces aptitudes essentielles » qui sont nécessaires pour atteindre ultérieurement un bon niveau d’alphabétisme (Jordan, Snow et Porche, 2000). Il est donc clair que les enfants sourds et malentendants qui n’ont pas accès dès leur plus jeune âge au langage – gestuel ou parlé – sont plus susceptibles de connaître des difficultés dans le développement de leur niveau d’alphabétisme.

Position de la Société canadienne de l’ouïe (SCO) sur l’enjeu

Le droit d’accès à la langue et d’acquisition de la langue est un prérequis pour l’exercice du droit à la dignité humaine, la liberté d’expression et tous les autres droits de la personne. Les enfants sourds et malentendants ont le droit d’accéder librement à des chances d’acquisition du langage au cours des premières années de leur vie, moment auquel ce processus est le plus facile. Ils sont également en droit d’acquérir le langage gestuel en plus du langage parlé. La SCO défend la position selon laquelle il faut éliminer les obstacles au sein des politiques qui limitent l’accès aux environnements qui facilitent l’acquisition de la langue pour ces enfants. De plus, les programmes d’intervention précoce financés par des fonds publics ne devraient pas exiger des familles qu’elles aient à choisir parmi des services de communication qui limitent l'accès des enfants à l’apprentissage bilingue ou multilingue d’une langue parlée et d’une langue des signes. C’est pourquoi des programmes d’intervention précoce pour enfants sourds et malentendants devraient être créés et mis en œuvre afin de soutenir, et non de restreindre le bilinguisme dans un environnement où se pratique la langue gestuelle et la langue parlée. L’élimination des inhibitions et des obstacles, ainsi que la mise à disposition de services adaptés permettront d’offrir de meilleures chances de développement du langage, à un niveau approprié à l'âge de l’enfant, dans la ou les langues choisies. Il en va de même pour le développement des connaissances sociales, émotionnelles et cognitives, ainsi que du langage parlé, y compris pour s’exprimer de manière intelligible (Yoshinaga-Itano, 2008). Le but de cet exposé de position est de promouvoir l’élimination des obstacles et restrictions qui entravent ou empêchent un enfant sourd ou malentendant d’accéder à une langue, et d’aider les parents à prendre des décisions de manière éclairée concernant les langues et les possibilités de communication qui sont à leur disposition.

Prévalence de la perte auditive chez les enfants

Approximativement quatre bébés canadiens sur 1 000 naissent avec un certain degré de perte de l’audition ou développent une perte auditive précoce et progressive pendant leur enfance. Les résultats du programme ontarien de dépistage des troubles auditifs chez les enfants sont compatibles avec les statistiques nationales (ministère ontarien des Services à l’enfance et à la jeunesse, 2007).

Termes clés pour comprendre le sujet

Au Canada, il existe deux principales langues des signes : l’American Sign Language (ASL) et la langue des signes québécoise (LSQ). L’American Sign Language (ASL) : c’est une langue qui possède une grammaire et une syntaxe complexes. Elle est différente des langues parlées et des autres langues gestuelles. Elle emploie des signes se composant de mouvements des mains et des bras, des yeux, du visage, de la tête et du corps. L’ASL est utilisée principalement par les personnes sourdes vivant au Canada et aux États-Unis. La langue des signes québécoise (LSQ) : c’est une langue qui possède une grammaire et une syntaxe complexes. Elle est différente des langues parlées et des autres langues gestuelles. Elle est utilisée principalement par les personnes sourdes vivant au Québec et dans d’autres communautés francophones du Canada. Ses signes sont composés de mouvements des mains et des bras, des yeux, du visage, de la tête et du corps. La thérapie audio-verbale (TAV) : cette thérapie se concentre sur l’utilisation et la gestion des technologies d’appareils auditifs et d’implants cochléaires (dispositif de sonorisation assistée), ainsi que sur les stratégies, techniques et procédures permettant aux enfants qui ont une perte de l’audition d’apprendre à écouter et à comprendre le langage parlé afin de communiquer par la parole.

Justification de la position de la SCO

L’accès à la langue est crucial pour le développement cognitif, pédagogique et social des enfants. Dans de nombreux cas, les enfants sourds et malentendants ont des difficultés à acquérir une langue maternelle en raison d’un accès limité à la langue à travers le canal auditif et/ou d’un accès limité à des signeurs natifs compétents. Si les jeunes enfants ne sont pas exposés de façon adéquate à une langue maternelle complètement accessible, ils seront privés de langage et pourraient ne jamais utiliser couramment aucune langue. Le langage parlé et le langage gestuel ont tous deux un statut biologique équivalent en termes d’acquisition de la langue et d’organisation du cerveau (Pettito, 2000). Dans la mesure où il est bénéfique pour la plupart de ces enfants d’être exposés dès leur naissance, régulièrement et fréquemment, à une langue des signes visuelle accessible, aucune restriction ne devrait être imposée quant à leur exposition à un langage gestuel. L’approche qui consiste à limiter l’accès à l'ASL ou à la LSQ sous prétexte que ce sont des langues visuelles et que, soit-disant, elles interfèrent avec le développement des aptitudes à l’écoute et à la parole ne se fonde sur aucun résultat de recherche concret. Il n’existe pas d’étude ou de recherche empirique justifiant la nécessité de limiter l’exposition d’un enfant sourd ou malentendant à une langue des signes. Par contre, il existe des données irréfutables prouvant que si les enfants ne sont pas exposés à une langue accessible dès la petite enfance, ils en subiront les effets négatifs toute leur vie. Les parents qui choisissent une approche auditive ou de langage parlé pour que leur enfant acquière la langue devraient, s’ils le souhaitent, être encouragés à exposer leur enfant à deux langues qui leur sont accessibles : une langue parlée et une langue des signes. Outre les données scientifiques et éthiques incontestables, la législation existante, certaines décisions judiciaires importantes et des rapports de recherches indépendantes soutiennent la position de la SCO : La Convention relative aux droits de l’enfant des Nations Unies (1989), la Convention relative aux droits des personnes handicapées des Nations Unies (2007), la Charte canadienne des droits et libertés (1982), la Loi canadienne sur les droits de la personne (2005), le Code des droits de la personne de l’Ontario (1990), la Politique et les directives concernant le handicap et l’obligation d’accommodement de la Commission ontarienne des droits de la personne (2000) et la Loi sur l’accessibilité pour les personnes handicapées de l’Ontario (2005). Se référer à l’Annexe A pour le résumé de ces décisions.

Foire aux questions

  • Je suis parent d’un bébé récemment identifié comme sourd (ou malentendant). Est-il vrai qu’apprendre une langue des signes interfère avec le développement de la parole et des capacités auditives résiduelles?

Il n’existe pas de données probantes soutenant que l’apprentissage d’une langue des signes entrave le développement du langage parlé ou des capacités auditives résiduelles. Les recherches existantes sur l’apprentissage d’un langage gestuel et d’un langage parlé par des enfants ayant une perte auditive suggèrent que l’apprentissage d’une langue des signes a un effet positif sur le développement du langage parlé (Preisler, Tvingstedt et Åhlström, 2002; Yoshinaga-Itano, 2006). Voir également le document Sign Language Use for Deaf, Hard of Hearing and Hearing Babies: The Evidence Supports It Environ 90 % de ces enfants sont nés de parents entendants qui, généralement, n’ont que peu de connaissances ou d'expérience quant à la perte auditive touchant les jeunes enfants. Par conséquent, il est essentiel que les parents de jeunes enfants sourds et malentendants disposent d’informations exactes, basées sur la recherche, concernant les avantages que présente pour leurs enfants le bilinguisme dans une langue des signes et une langue parlée (Kushainagar, Mathur, Moreland, Napoli, Osterling, Padden, et al., 2010). La littérature arrive de plus en plus souvent à la conclusion que l’acquisition de l’ASL ou de la LSQ dès la petite enfance aboutit aux mêmes résultats que l’acquisition d’une langue parlée à la même période : ce processus est fondamental pour une acquisition optimale de la langue maternelle et pour le développement cognitif, social et émotionnel des enfants ayant une perte auditive (Cummins, 2006; Goldin-Meadow et Mayberry, 2001; Grosjean, s.d., Malloy, 2003; Petitto, 2009 et Snoddon, 2008). Dans tous les cas, ces recherches montrent que l’exposition à une langue des signes doit commencer tôt (dès la naissance si possible) afin que l’enfant atteigne un niveau optimal de développement du langage, des fonctions cognitives et du cerveau. Ce corps de recherche sur les bienfaits de l’apprentissage de l’ASL ou de la LSQ dès la naissance confirme les résultats de recherche antérieurs qui démontrent que les enfants sourds ayant des parents sourds qui utilisent un langage signé obtiennent de meilleurs résultats scolaires que les enfants sourds ayant des parents entendants qui n’utilisent pas de langage signé (Israelite et Ewoldt, 1992). L’étude de cette littérature révèle également que les « aptitudes à la lecture ne sont pas seulement liées au fait d’avoir des parents sourds ou entendants. Un diagnostic précoce, l’accès à la langue dès le plus jeune âge et l’exposition à l’anglais sont essentiels. Avoir une mère qui signe, indépendamment du statut de son audition, semble être très important » (Marschark, 1997). Il a également été démontré que l’utilisation courante d’une langue des signes a une forte corrélation positive avec l’alphabétisme en anglais et en français (Prinz et Strong, 1998; Dubuisson, Parisot et Vercaingne-Ménard, 2007).

  • Où puis-je trouver de l’information sur l’approche que je devrais adopter concernant le développement du langage de mon enfant?

Nous sommes là pour vous aider! La Société canadienne de l’ouïe a publié Point de départ : Ressource à l’intention des parents d’enfants sourds ou malentendants afin de vous présenter une introduction rassurante sur ce qui, pour beaucoup de parents, constitue un nouveau territoire complètement inconnu. Comme dans tout nouveau domaine, il y a des obstacles, des tournants à prendre et des directions à choisir sur le chemin qui s’offre à vous. Notre objectif consiste à proposer un guide qui décrive ce qui vous attend et vous oriente vers les diverses autres ressources mises à votre disposition pour vous aider tout au long de votre parcours. Nous invitons les lecteurs à télécharger gratuitement ce guide sur www.chs.ca ou à nous contacter pour connaître les programmes et services mis à votre disposition par la SCO. En plus, la SCO et la Société culturelle canadienne des sourds ont co-publié Questions Parents Ask (Small, A et Cripps, J., 2003), également disponible sur le site www.chs.ca.

  • Pour de plus amples renseignements, prière de contacter l’agent d’information de la Société canadienne de l’ouïe.

Téléphone : 1-877-347-3427 ATS :
1-877-347-3429 Courriel : info@chs.ca
Vous pouvez également visiter notre site Web à l’adresse suivante : http://www.chs.ca. Approuvé par le conseil d’administration de la SCO : Novembre 2010.

Annexe A : Législation et décisions judiciaires

Convention relative aux droits de l’enfant des Nations Unies [1989] : le Canada et 139 autres États membres ont signé cette Convention, qui est entrée en vigueur en septembre 1990. Elle vise à éradiquer toute forme de discrimination et d’abus à l’égard des enfants, dans tous les domaines de la vie, y compris l’éducation et les soins de santé. La Convention exige que les États parties reconnaissent qu’un enfant ayant une incapacité mentale ou physique devrait pouvoir vivre une vie décente et sans restrictions, dans des conditions qui assurent sa dignité, favorisent son autonomie et facilitent sa participation active à la collectivité.

Convention relative aux droits des personnes handicapées des Nations Unies [2007] : le Canada et 141 autres États membres, ainsi que la Communauté européenne, ont signé cette nouvelle convention historique, qui est entrée en vigueur en mai 2008. Le Canada a ratifié la Convention le 11 mars 2010. Le traité vise à éradiquer toute discrimination à l’égard des personnes ayant une incapacité, dans tous les domaines de la vie, y compris l’éducation, les services de santé et l’accès à la justice. La Convention exige que les États parties reconnaissent et fassent la promotion des langues des signes, encouragent leur apprentissage et soutiennent l’identité linguistique de la communauté Sourde dans le système éducatif.

La Charte canadienne des droits et libertés [1982] : la Charte est une déclaration des droits incluse dans la Constitution du Canada. Elle protège les droits politiques et civils de tous les Canadiens et Canadiennes et supplante tous les codes provinciaux des droits de la personne.

Loi canadienne sur les droits de la personne [1985] : cette Loi a pour objet de compléter la législation canadienne en faisant respecter le principe suivant : « le droit de tous les individus […] à l’égalité des chances d’épanouissement et à la prise de mesures visant à la satisfaction de leurs besoins, indépendamment des considérations fondées sur […] la déficience. » Code des droits de la personne de l’Ontario [1990] : le Code protège les Ontariens et Ontariennes contre toute discrimination fondée sur le handicap ou sur d’autres caractéristiques (comme la race, l’ascendance, l’état familial, l’orientation sexuelle, etc.) et encourage un « climat de compréhension et de respect mutuel de la dignité et de la valeur de toute personne de façon que chacun se sente partie intégrante de la collectivité et apte à contribuer pleinement à l’avancement et au bien-être de la collectivité et de la province ».

Il convient de remarquer que les autres provinces et territoires disposent de législations, politiques et/ou directives sur l’obligation de satisfaire les besoins des personnes ayant une incapacité qui font écho aux principes du Code des droits de la personne de l’Ontario. Des liens vers ces sites sont disponibles sur www.chs.ca.

Politique et directives concernant le handicap et l’obligation d’accommodement de la Commission ontarienne des droits de la personne [2000] : le Code des droits de la personne de l’Ontario établit explicitement que chaque personne a le droit d’être exempte de discrimination. La Politique et les directives donnent une description détaillée ainsi que des mesures pratiques concernant les lieux de travail, le transport public, les services de santé et d’éducation, les restaurants, les magasins et le logement, afin de garantir un traitement équitable et un libre accès aux Ontariens et Ontariennes ayant une incapacité.

Loi sur l'accessibilité pour les personnes handicapées de l'Ontario [2005] : adoptée à l’unanimité par l’Assemblée législative de l’Ontario, cette loi engage le gouvernement ontarien à établir, appliquer et faire respecter des normes d’accessibilité concernant les biens, les services, les installations, le logement, l’emploi, les bâtiments, structures et locaux, pour les 16 pour cent d’habitants de l’Ontario ayant une incapacité, y compris les personnes culturellement sourdes, sourdes oralistes, devenues sourdes et malentendantes.

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