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Énoncé de principe de la Société canadienne de l’ouïe sur le continuum des placements scolaires pour les élèves sourds et malentendants, de la maternelle au secondaire

La principale question qui se pose dans l’éducation des élèves sourds et malentendants est l’accès direct : l’accès direct aux professeurs et à la langue d’enseignement, l’accès direct aux interactions avec les autres élèves et l’accès direct à l’ensemble de l’environnement scolaire. Sans un accès direct et complet, l’éducation des élèves sourds et malentendants est en danger.

Les élèves sourds et malentendants ne forment pas un groupe unique ayant des besoins identiques. Certains de ces élèves ont pour première langue un langage parlé (par ex. l’anglais ou le français), alors que d’autres ont pour première langue un langage signé (par ex. la langue des signes américaine [ASL] ou la langue des signes québécoise [LSQ]). Quel que soit le cas, les placements scolaires doivent permettre aux élèves d’accéder directement au programme par le biais d’une langue qu’ils comprennent.

Les placements scolaires qui n’offrent pas d’accommodements techniques aux élèves sourds et malentendants dont la première langue est l’anglais ou le français, ou qui ne fournissent pas un environnement gestuel riche aux élèves sourds et malentendants dont la première langue est l’ASL ou la LSQ, créent pour ces élèves des barrières à l’apprentissage significatives, en plus de poser un risque considérable pour leur développement langagier, social, psychologique et cognitif.

Pour les élèves qui n’ont pas directement accès à leurs enseignants, au programme, à leurs camarades et à l’ensemble de l’environnement scolaire, les tentatives d’intégration manqueront de mettre fin à l’exclusion et l’isolement.

Position de la Société canadienne de l’ouïe (SCO) sur l’enjeu

Les élèves sourds et malentendants sont tout aussi capables que les autres et sont en droit d’accéder directement à un enseignement de qualité, dans des environnements scolaires accessibles et sûrs où leurs professeurs disposent des connaissances et compétences appropriées pour évaluer leurs besoins, leurs aptitudes et leur réussite scolaire en général.

Concernant les élèves qui accèdent à l’information et à la communication par le biais de l’ASL ou la LSQ, la SCO encourage la possibilité de fréquenter des écoles (« écoles pour élèves sourds ») qui offrent un accès direct au programme, aux camarades et aux enseignants à travers une langue des signes commune dans un environnement scolaire culturellement approprié incluant des accommodements tels que des systèmes d’alerte visuels, des médias (sous-titrés) accessibles et des technologies / dispositifs de communication (téléphones vidéo, téléscripteurs [ATS], etc.).

Concernant les élèves malentendants qui accèdent à l’information et à la communication par le biais de l’anglais ou le français, la SCO encourage la possibilité de fréquenter des écoles qui offrent un accès direct au programme, aux camarades et aux enseignants à travers une langue parlée commune et des accommodements tels que des systèmes de sonorisation assistée / d’amplification, des systèmes d’alerte visuels et amplifiés, des médias (sous-titrés) accessibles et des technologies / dispositifs de communication.

Les placements scolaires n’offrent pas toujours aux élèves un accès équitable au programme; par conséquent, il en va de la responsabilité des parents, ainsi que des professionnels expérimentés, de choisir un placement viable parmi un large éventail de possibilités.  Une option de placement scolaire ne constitue pas un réel choix si elle n’offre pas une chance de réussite.

Placements scolaires pour élèves sourds et malentendants

L’élément commun dans le continuum des placements scolaires est l’accès à l’éducation : il s’agit de garantir l’accès direct à la langue d’enseignement, plutôt que de se baser sur le fait qu’un élève soit entendant, sourd ou malentendant.

Placement n° 1 – Les écoles pour élèves sourds

Élèves dont la première langue est l’ASL ou la LSQ

  • Une école pour élèves sourds offre un placement scolaire inclusif aux élèves sourds et malentendants qui utilisent l’ASL ou la LSQ. Les élèves ont pleinement accès au programme, peuvent communiquer avec leurs enseignants et interagir avec leurs camarades et l’ensemble de l’environnement scolaire.
  • Les enseignants et les élèves utilisent la même langue.
    • Le niveau de maîtrise de la langue par l’enseignant devrait être le même que celui attendu de tous les enseignants faisant partie du système scolaire.
  • Les élèves accèdent directement au programme à travers une langue d'enseignement qu’ils partagent avec leurs professeurs.
  • L’ensemble de l’environnement scolaire est en mesure de répondre aux besoins et aux aptitudes des élèves pratiquant la langue des signes.
  • Les besoins culturels des élèves peuvent être satisfaits directement.
  • Les enseignants connaissent bien la complexité de l’alphabétisation en anglais ou français pour les élèves qui n’ont pas accès à ces langues parlées.
  • Les élèves interagissent avec leurs camarades comme n’importe quels élèves évoluant dans d’autres environnements scolaires.
  • Les élèves ont accès à des orthophonistes qui comprennent la langue des signes utilisée par les élèves et peuvent leur offrir un soutien en langage parlé si nécessaire.
  • La sécurité des élèves peut être assurée grâce à des annonces d’urgence visuelles et au fait d’être en présence d’adultes que les élèves comprennent et qui peuvent communiquer avec eux en cas d’urgence.

Malgré le fait que les écoles provinciales pour élèves sourds et malentendants offrent un environnement éducatif entièrement inclusif, certaines écoles provinciales ont été fermées, d’autres sont en danger, et elles sont souvent considérées comme un dernier recours pour les parents, lorsque toutes les autres options ont échouées. 

Placement n° 2 – Programmes de regroupement au sein du système scolaire

À travers ces programmes, les élèves sourds et malentendants sont regroupés dans des classes communes. Généralement, les élèves dont la première langue est l’anglais ou le français ne seront pas placés dans ces programmes car les ressources techniques et humaines, ainsi que les soutiens (le cas échéant) permettent d’offrir le plein accès au sein d’une classe « non regroupée ».

Des programmes de qualité de ce type pour les élèves sourds et malentendants pratiquant la langue des signes sont possibles au sein d’écoles « normales », à condition que ces dernières offrent les caractéristiques mentionnées précédemment (pour les écoles pour élèves sourds).

Placement n° 3 – Classes individuelles au sein du système scolaire

Nombre d’élèves ayant une perte auditive et dont la première langue est l’anglais ou le français peuvent accéder directement au programme dans le système scolaire. Dans ce cas, les ressources humaines (orthophonistes, audiologistes, travailleurs sociaux, conseillers, soutiens affectifs, etc.) et les technologies d’assistance (dispositifs de sonorisation assistée, prothèses auditives et alternatives basées sur le texte comme les médias sous-titrés et la traduction en temps réel des communications [CART], etc.) peuvent fournir les moyens nécessaires pour assurer un accès continu au langage parlé à l’école et garantir la sécurité des élèves.

Ces élèves ont besoin d’enseignants bien informés, qui comprennent comment fonctionnent les technologies utilisées par les élèves et leur impact en cas de dysfonctionnement. Les enseignants doivent également être conscients de la façon dont une perte auditive légère à modérée affecte l’accès à l’information et à la communication, le niveau de concentration requis, la fatigue et la participation à l’environnement scolaire global. Enfin, ils doivent connaître des stratégies de communication efficaces et réaliser que la technologie n’est pas la solution à tout. Lorsque ces connaissances ne sont pas ancrées et que ces ressources et soutiens ne sont pas en place, cela crée des barrières et la réussite scolaire de ces élèves est compromise.

Concernant les élèves sourds et malentendants dont la première langue est l’ASL ou la LSQ, bien que ce placement soit actuellement encouragé par de nombreux éducateurs – probablement mal informés – il constitue l’un des environnements présentant le plus de barrières. Cela est dû au fait que les élèves pratiquant la langue des signes ont un accès indirect au programme, voire n’ont pas du tout accès au programme lorsqu’ils sont seuls en classe.

Les recherches indiquent que nous avons surestimé la mesure dans laquelle un élève pratiquant la langue des signes accède au programme par le biais d’un interprète en classe. Le Dr Brenda Schick et ses collègues  se sont intéressés à 2 100 interprètes ASL-anglais dans des écoles aux États-Unis. Leur étude a révélé que, plutôt que d’améliorer l’accès à l’éducation des élèves sourds et malentendants, l’interprétation dans le cadre éducatif pouvait, en réalité, diminuer et gravement compromettre cet accès.

[…] de nombreux élèves sourds et malentendants reçoivent des services d’interprétation qui vont sérieusement nuire à leur accès raisonnable au programme en classe et à leurs interactions sociales. (p. 3)

Prévalence de la perte auditive chez les enfants

Approximativement quatre bébés canadiens sur 1 000 naissent avec un certain degré de perte de l’audition ou développent une perte auditive précoce et progressive pendant leur enfance. Les résultats du programme ontarien de dépistage des troubles auditifs chez les enfants sont compatibles avec les statistiques nationales (ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse de l’Ontario, 2007).

À ce chiffre s’ajoutent les élèves déjà dans le système éducatif qui deviennent sourds ou malentendants vers la fin de l’enfance ou à l’adolescence en raison d’une maladie ou d’un accident, ainsi que les cas de perte auditive non diagnostiqués et les cas non signalés dans les réserves autochtones ou parmi les populations d’immigrants récents. 

Les dépistages des troubles auditifs réalisés par la SCO montrent que la perte de l’audition chez les élèves continue de ne pas être diagnostiquée. 

Les maladies, les accidents et les cas non diagnostiqués et non signalés de perte de l’audition au sein des populations d’élèves signifient que la fréquence de la perte auditive chez les enfants est potentiellement bien supérieure au chiffre de quatre sur 1 000 annoncé précédemment.

Termes clés pour comprendre le sujet

Les langues des signes

Au Canada, il existe deux principales langues des signes : l’American Sign Language (ASL) et la langue des signes québécoise (LSQ). Les langues des signes sont traitées dans la meme partie du cerveau que les langues parlées et, telles que celles-ci, sont apprises de manière naturelle lorsque les enfants y sont exposés.

L’American Sign Language (ASL) :

c’est une langue qui possède une grammaire et une syntaxe complexes. Elle est différente des langues parlées et des autres langues gestuelles. Ses signes se composant de mouvements des mains et des bras, des yeux, du visage, de la tête et du corps. L’ASL est utilisée principalement par les personnes sourdes vivant au Canada et aux États-Unis.

La langue des signes québécoise (LSQ) :

c’est une langue qui possède une grammaire et une syntaxe complexes. Elle est différente des langues parlées et des autres langues gestuelles. Ses signes sont composés de mouvements des mains et des bras, des yeux, du visage, de la tête et du corps. Elle est utilisée principalement par les personnes sourdes vivant au Québec et dans d’autres communautés francophones du Canada.

Accessibilité au langage:

Les langages humains sont perçus (analysés par le cerveau) de deux façons : auditive (langues parlées) et visuelle (langues des signes). Les langues parlées et les langues des signes sont traitées dans la même partie du cerveau. Une personne n’a pas besoin d’avoir une audition parfaite pour accéder à (entendre) une langue parlée ou d’avoir une vision parfaite pour accéder à (voir) une langue des signes. Toutefois, il existe une limite à partir de laquelle l’accès à la langue (par l’ouïe ou la vue) est compromis au point que le cerveau n’est plus capable de l’analyser.

Approuvé par le conseil d’administration de la SCO, mars 2012

Annexe : ressources en ligne

http://www2.ohchr.org/french/law/disabilities-convention.htm

Ce site Web établit le droit des personnes sourdes de s'identifier en tant que minorité linguistique et de bénéficier d'une éducation en langue des signes.

http://www.ceasd.org/acrobat/continuum.pdf (en anglais)

Ce site Web reconnaît que les élèves sourds et malentendants peuvent faire preuve d'excellence dans leur éducation si l'enseignement est dispensé dans un environnement éducatif qui soit véritablement « le moins restrictif possible »; le site encourage également à continuer d'inclure les écoles spécialisées pour élèves sourds et malentendants dans les choix de placements scolaires.

http://www.nad.org/issues/education/k-12/position-statement-schools-deaf (en anglais)

Ce site Web explique que la National Association of the Deaf (NAD) reconnaît l'importance des écoles pour élèves sourds et apprécie fortement leurs contributions à l'éducation et au développement des enfants sourds et malentendants depuis près de 200 ans. « Les écoles pour élèves sourds sont essentielles pour l'éducation des enfants sourds et malentendants, et il ne faut ménager aucun effort afin de les préserver. La NAD soutient énergiquement la pérennité et la consolidation de ces écoles. »

http://www.wfdeaf.org/wp-content/uploads/2011/03/EducationRightsforDeafChildren_July-2007.pdf (en anglais)

Ce site Web incite à reconnaître les droits linguistiques des enfants sourds et à mettre un terme à la privation systématique de langage. Il affirme que « [...] les droits linguistiques des enfants sourds sont violés de manière flagrante dans les programmes éducatifs du monde entier. »

http://www.ndepnow.org (en anglais)

Ce site Web décrit le National Deaf Education Project aux États-Unis, qui s'efforce d'offrir aux élèves sourds et malentendants une éducation de qualité à travers l'utilisation d'une langue qui leur est pleinement accessible.

http://www.ohrc.on.ca/fr/resources/guides/accessed

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