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Énoncé de principe de la Société canadienne de l'ouïe sur la discrimination et l'audisme

Exposé du problème
Les Canadiens culturellement sourds, sourds oralistes, devenus sourds et malentendants sont encore victimes de discrimination sur leur lieu de travail et en matière d’accès aux services essentiels que la plupart des Canadiens prennent pour acquis comme l’éducation, l’emploi, les soins de santé et le logement. La discrimination est une triste réalité pour toutes les personnes handicapées, et dans le cas des personnes culturellement sourdes, sourdes oralistes, devenues sourdes ou malentendantes, cette discrimination peut également être liée à l’audisme (terme décrit en détail ci-après).

Position de la Société canadienne de l’ouïe (SCO) sur ce problem
La discrimination sous toutes ses formes constitue un réel obstacle à l’égalité des chances, droit fondamental de tout citoyen canadien et à la démocratie elle-même. Les Canadiens culturellement sourds, sourds oralistes, devenus sourds et malentendants ont le droit d’être traités de façon juste et équitable, de participer de manière égalitaire au monde du travail et de communiquer pleinement et librement avec les entreprises, les organismes à but non lucratif et le gouvernement. La SCO considère qu’il est de la responsabilité des secteurs public et privé ainsi que des secteurs des organismes bénévoles et à but non lucratif de garantir des environnements non discriminatoires.

Prévalence de la perte auditive
Près de 25 % des Canadiens d’âge adulte affirment être atteints d’une perte auditive plus ou moins sévère (sondage mené par la SCO en 2002); près de 10 % se définissent comme culturellement sourds, sourds oralistes, devenus sourds ou malentendants.

L’âge moyen au Canada est de 39 ans; en 2030, ce chiffre atteindra 45 ans. À ce moment, les citoyens âgés de plus de 65 ans constitueront 25 % de la population totale, c’est-à-dire près du double du chiffre actuel de 13 % (Statistiques Canada).

La perte auditive arrive au troisième rang des problèmes de santé chroniques parmi les adultes d’âge avancé et constitue la forme d’incapacité la plus répandue (Fook 2000; Yueh 2003). Sa prévalence augmente avec l’âge. Des rapports démontrent que plus de 80 % des patients de plus de 85 ans souffrent d’une perte auditive (Yueh 2003). De plus, 46 % des personnes âgées de 45 à 87 ans souffrent d’une perte auditive (Dalton 2003).

Si l’on combine ces statistiques avec le fait que le vieillissement constitue la cause principale de la perte auditive, on en arrive facilement à la conclusion que cette incapacité connaîtra une hausse spectaculaire au cours des années à venir.

Termes essentiels à la compréhension de ce problem
Audisme [odism] n. 1. La notion de la supériorité d’une personne basée sur son aptitude à entendre et à agir comme quelqu’un qui entend. 2. Système d’avantages basés sur l’aptitude à entendre 3. Une orientation métaphysique reliant l’identité humaine à la parole.

La première définition correspond au principe de base initialement évoqué par Tom Humphries (1975). La seconde est une adaptation de la pensée de Wellman (1992) sur l’audisme institutionnalisé. La troisième définition a été présentée à l’occasion de la conférence Deaf Studies VI par Bahan et Bauman (2000).

L’audisme est une forme de discrimination basée sur l'aptitude d’une personne à entendre ou à agir comme quelqu’un qui entend et se manifeste notamment par la croyance qu’une personne entendante ou une personne sourde agissant de manière similaire à une personne entendante - au niveau de son apparence, de sa façon de communiquer ou d’agir - est plus intelligente, qualifiée, épanouie et susceptible de réussir qu’une personne qui serait davantage culturellement sourde ou qui préférerait avoir recours à une langue des signes ou à un mode de communication différent de celui utilisé par les personnes entendantes. 

Comme toute forme de discrimination, l’audisme repose sur des idées fausses et des malentendus : « …avec l’évocation de motifs tels que des problèmes de sécurité, de méconnaissance en matière d’accommodement ou de charges financières excessives liées à l'accommodement. » (Malkowski, 2003) « (…) croyance selon laquelle la vie des personnes sourdes est morne et sans intérêt (…) et que (…) les personnes sourdes devraient se battre pour ressembler au maximum aux personnes entendantes. » (Pelja, 1997).

Bien entendu, les croyances discriminatoires sont une chose, les pratiques discriminatoires en sont une autre, et revêtent des formes plus extrêmes « comme le racisme ou le sexisme, l'audisme consiste à juger, à mettre une étiquette et à considérer les personnes en se limitant uniquement à leur aptitude à entendre ou à parler. » (Humphries and Alcorn 1995:85). Lorsque des croyances discriminatoires aboutissent à des actes discriminatoires, des restrictions injustes et des obstacles apparaissent.

En voici quelques exemples : « Vous ne serez jamais capable d’obtenir de diplôme universitaire puisque vous êtes sourd. » « Je ne peux pas vous embaucher car vous êtes une personne malentendante. » « Ce n’est pas un environnement sécuritaire pour les personnes souffrant de perte auditive. » « Je ne peux pas vous promouvoir à un poste de supervision en raison de votre perte auditive. » Ou « Je ne peux pas vous louer cet appartement car vous êtes atteint de surdité. » On peut aussi prendre l’exemple d’une situation dans laquelle un poste ou une promotion serait attribué(e) à une personne sourde ou malentendante plutôt qu’à une autre personne sourde ou malentendante autrement plus qualifiée, en raison de l'apparence, des actes ou du comportement du candidat plus similaires à ceux d’une personne entendante. Le fait de choisir une personne entendante plutôt qu’une personne sourde ou malentendante autrement plus qualifiée, ou de priver une personne sourde de ses droits uniquement en raison de sa perte auditive, sont des exemples de discrimination plus explicites et identifiables. Toutefois, comme dans les exemples de deux personnes sourdes ou malentendantes postulant pour le même poste, l’audisme apparaît souvent de manière plus subtile, même si les résultats sont aussi dévastateurs pour la personne victime de discrimination et la société dans son ensemble.

Justification de la position adoptée par la SCO
Outre les raisons évidentes éthiques et morales, la législation actuelle ainsi que des décisions juridiques importantes et des rapports de centres indépendants de recherche soutiennent notre position. En voici quelques extraits :  

La Charte canadienne des droits et libertés [1982] : La Charte est une déclaration des droits enchâssée dans la Constitution du Canada. La Charte protège les droits politiques et civils de tous les Canadiens et prévaut sur tous les codes provinciaux en matière de droits de la personne.

Loi canadienne sur les droits de la personne [1985] : Cette loi a pour objet de compléter la législation canadienne en donnant effet au principe suivant : « le droit de tous les individus (…), à l’égalité des chances d’épanouissement et à la prise de mesures visant à la satisfaction de leurs besoins, indépendamment des considérations fondées sur (…) la déficience. »

Commission ontarienne des droits de la personne Handicap et obligation d'adaptation  : Vos droits et responsabilités, 2007
 

  • « Les personnes handicapées sont confrontées à toutes sortes d’obstacles au quotidien.Ces obstacles peuvent être d’ordre physique, comportemental ou systémique. Il est préférable de faire l’effort de cerner les obstacles et de les éliminer volontairement plutôt que d’attendre qu’une plainte soit déposée ou qu’une demande individuelle d’accommodement soit faite pour agir. »
  • « Il ne faut pas oublier que les obstacles ne sont pas uniquement physiques. Il est important de prendre des mesures en vue d’éviter le « capacitisme » (attitudes sociales qui dévalorisent et limitent le potentiel des personnes handicapées) et d’aider à promouvoir le respect, la dignité et la pleine participation des personnes handicapées à la vie sociale. »
  • « L’obligation d’accommodement correspond à l’obligation légale conforme au Code qui impose aux employeurs, syndicats, propriétaires et fournisseurs de services de répondre aux besoins des personnes handicapées. »

Parmi les exemples d'accommodement, l'on retrouve l'approvisionnement d’ATS, d’alarmes et de systèmes de notification en cas d’urgence visuels, le recours aux services d'interprètes en langues des signes ou au sous-titrage en temps réel, des solutions qui permettent aux personnes sourdes, devenues sourdes et malentendantes de participer pleinement à la vie sociale.
 
Commission ontarienne des droits de la personne Politique et directives sur le racisme et la discrimination raciale [2005] p. 13 : Au niveau institutionnel ou systémique, le racisme est évident dans certaines politiques, pratiques et procédures gouvernementales ou organisationnelles, ainsi que dans des « façons normales de faire » qui peuvent, directement ou indirectement, consciemment ou non, promouvoir, appuyer ou asseoir un privilège à impact différentiel pour certaines personnes et des désavantages pour d’autres. 

Commission ontarienne des droits de la personne Politique et directives concernant le handicap et l'obligation d'accommodement [2000] Le Code des droits de la personne de l’Ontario précise explicitement que toute personne a le droit d’être exempte de discrimination. La Politique et les Directives soulignent les détails et donnent des mesures pratiques à appliquer sur les lieux de travail, les transports en commun, les services de santé, les restaurants, les magasins et les logements afin de fournir aux Ontariens handicapés un traitement égal et un accès sans obstacle.

Code des droits de la personne de l’Ontario [1990] Le Code protège les Ontariens de la discrimination fondée sur la déficience ou d’autres caractéristiques (la race, l'âge, la situation de famille, l'orientation sexuelle, etc.) et appelle à la création d’un « climat de compréhension et de respect mutuel de la dignité et de la valeur de toute personne de façon que chacun se sente partie intégrante de la collectivité et apte à contribuer pleinement à l’avancement et au bien-être de la collectivité et de la province ».

Il faut noter que d'autres provinces et territoires ont des législations, politiques et / ou directives sur leur obligation de pourvoir à l'accommodement des personnes handicapées qui sont fidèles aux principes du Code des droits de la personne de l'Ontario. Pour trouver les liens permettant d’accéder à ces sites, prière de visiter notre site à l’adresse suivante : http://www.chs.ca. 

Loi sur l'accessibilité pour les personnes handicapées de l'Ontario [2005] : Adoptée à l’unanimité par l’Assemblée législative de l’Ontario, cette Loi engage le gouvernement de l’Ontario dans la création, la mise en œuvre et l’application de normes favorisant l’accessibilité aux biens, aux services, aux installations, au logement, à l’emploi, aux bâtiments, aux constructions et aux locaux pour 16 pour cent des Ontariens handicapés, y compris les personnes culturellement sourdes, sourdes oralistes, devenues sourdes et malentendantes.

Foire aux questions
•    J’ai vu des termes comme « capacitisme » et « obstacle comportemental » dans la presse; que signifient ces termes?

Comme nous l’avons précédemment indiqué, la discrimination est une réalité pour toutes les personnes handicapées; le capacitisme désigne une discrimination (croyance ou pratique) basée sur les aptitudes d’une personne en matière de développement, d’apprentissage ou ses capacités physiques, psychiatriques ou sensorielles.

Lorsque des croyances discriminatoires donnent lieu à des actes discriminatoires, on peut dire que l'on est en présence d'un obstacle comportemental qui, par définition, restreint injustement les chances et les options dont disposent les personnes discriminées. Par exemple, des recherches ont démontré qu’il existait d’importants obstacles comportementaux au niveau des attentes et du comportement des enseignants et des employeurs par rapport aux aptitudes et à l’employabilité des personnes culturellement sourdes, sourdes oralistes, devenues sourdes et malentendantes, qui se traduisent par une sous-éducation, un sous-emploi et un chômage très étendus pour des milliers de Canadiens souffrant de perte auditive.

•    Je suis employeur. Où puis-je trouver des informations concernant les technologies d’accessibilité pour assurer la sécurité des employés souffrant de perte auditive?

Nous recommandons aux employeurs de chercher et d'identifier les technologies destinées aux employés et aux candidats sourds ou souffrant d’une perte auditive, qui satisfont aux exigences, mesures et réglementations définies par le gouvernement, les organismes de santé et sécurité, la Commission de la sécurité professionnelle et de l'assurance contre les accidents du travail et les compagnies d’assurance. Des ressources pratiques sont disponibles sur Internet pour les employeurs http://www.chs.ca/info/es/index.html et pour les professionnels de la santé http://www.amphl.org.

•    Je suis gestionnaire et j’aimerais aider les personnes de mon entreprise à mieux comprendre la perte auditive, et je ne suis pas sûr de savoir ce que je peux ou dois faire pour assurer l’accommodement de nos employés ou de nos clients souffrant d'une perte auditive. Vers qui dois-je me tourner?

Nous pouvons vous aider! Depuis de nombreuses années, la Société canadienne de l’ouïe aide les organismes des secteurs privé et public à sensibiliser positivement les personnes à la perte auditive sur leur lieu de travail ainsi qu’à créer et à mettre en œuvre des stratégies d’accommodement personnalisées. Nous invitons nos lecteurs à télécharger l’une de nos nombreuses publications disponibles gratuitement sur notre site www.chs.ca (cliquer sur « Informations » et suivre les liens), ou à nous contacter directement pour obtenir de plus amples renseignements sur nos services de conseil en matière d’accommodement.

Pour plus d’information, prière de contacter le Société canadienne de l’ouïe afin d’obtenir une copie de notre Politique de diversité de la SCO, un énoncé de principe qui traite des questions d'accessibilité et d'accommodement, de compétences en langage gestuel et de lutte contre l’audisme et le racisme, ou d'autres documents concernant les politiques de notre société. Téléphone : 1-877-347-3427 ATS : 1-877-347-3429 Courriel : info@chs.ca Vous pouvez également visiter notre site Web à l’adresse suivante : http://www.chs.ca.

Approuvé par le conseil d’administration de la SCO : novembre 2007

 

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